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Lundi 30 août 2010 1 30 /08 /2010 00:00

La mairie de L'Argentière-la-Bessée (Hautes-Alpes) ayant pris contact avec la bibliothèque de Polytechnique pour trouver des témoignages au sujet du laboratoire installé par Louis Leprince-Ringuet sur sa commune pendant l'Occupation, Bernard Lévi (X41) nous a livré l'intéressant témoignage suivant.

 


 

    L’ARGENTIÈRE-LA-BESSÉE   -  Septembre 1942

 

 

J’ai, avec deux autres élèves de la promotion 1941, la seule présente à l’École polytechnique, classés, comme moi, « bis » (juifs), André BLOCH (devenu DELORME, décédé en 1989) et François LÉVY (décédé en 2010), effectué en septembre 1942 un stage de trois semaines dans le laboratoire de physique de l’X installé à L’Argentière-la-Bessée (Hautes-Alpes). Notre professeur de physique, qui dirigeait ce labo, Louis LEPRINCE-RINGUET, avait accepté (ou même proposé ?) d’y accueillir ces élèves quelque peu marginalisés et inoccupés en ce mois de septembre, avant le retour à Lyon pour notre seconde année de scolarité. Pendant cette période, les élèves dits « normaux » de notre promotion recevaient dans un Chantier de la Jeunesse un vigoureux complément à une formation supposée, dans l’esprit de la «Révolution Nationale », en faire des « chefs ».

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Louis Leprince-Ringuet (1901-2000), au laboratoire de physique, sans doute à l'Argentière (photo Observatoire de Paris)

 

En effet, un décret  de Vichy du 15 juillet 1942 avait interdit aux Juifs l’accès à ces Chantiers, interdiction que le Commissaire général à la Jeunesse justifiait en déclarant que « les Israélites sont peu sensibles à l’œuvre d’éducation morale poursuivie par les Chantiers. » Ayant perdu l’espoir d’être considérés comme, au moins, de virtuels sous-chefs et ravis de cette interdiction, nous fûmes encore plus ravis de bénéficier d’un accès paradoxalement privilégié à la recherche scientifique nationale.

 

Je ne sais plus pourquoi le quatrième « bis (juif) » de la promotion, Claude LÉVY, ne nous a pas accompagnés à L’Argentière – nous ne l’avons pas accompagné à Buchenwald, où il a été assassiné.

Levy.JPG Claude Lévy (1922-1945, X41)

 

Nous avons donc pu, sans trop gêner, espérons-le, les physiciens (il me semble qu’Eugène NAGEOTTE en faisait partie) et les techniciens, qui, tous, nous traitaient avec sympathie, participer à leurs travaux. Nous avons eu le temps de nous familiariser avec la chambre de Wilson, le coeur du labo, à ses réglages et à son utilisation, en guettant le sillage qu’y laissait une particule d'origine cosmique, piégée dans son passage rapide.


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La chambre de Wilson

 

Nous participions aussi aux déjeuners (sans tickets ?) dans l’usine où l’équipe se réunissait autour du « petit prince » (c’était le surnom affectueux que les élèves avaient donné à notre jeune professeur de physique, qui était le seul à  leur parler en dehors des amphithéâtres). Nous y commentions les nouvelles provenant de la solitude du sommet de l’Aiguille du Midi, où Paul CHANSON (X31) avait été détaché pour guetter la pluie des rayons cosmiques, plus dense à 3600 mètres d’altitude que dans notre vallée. Et le « petit prince » s’y demandait à haute voix d’où provenaient ces rayons, d’une énergie inouïe, en gardant pour lui une explication, dont je me demande si elle n’avait pas un fondement métaphysique.

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Paul Chanson au laboratoire des rayons cosmiques du col du Midi (3600 m) (photo Observatoire de Paris)

 

Toujours est-il que j’ai perçu son émotion provoquée par les remerciements très rétrospectifs pour cet accueil, que je lui ai adressés lors de sa dernière apparition à l’École, quelque 55 ans après notre stage dans ce laboratoire, qui allait atteindre une renommée internationale.

 

Voici une autre occasion de dire merci à une équipe scientifique dans laquelle la discrimination dont nous étions victimes de la part de « l’État français » nous a conduits à nous intégrer durant cet été 1942, au cours duquel dans la même zone « libre » des milliers d’autres Juifs étaient livrés aux fourriers d’Auschwitz.

 

            

                                                    Bernard Lévi,  Août 2010

 

 

Pour en savoir plus : L’épopée des cosmiciens à l’Aiguille du Midi, par Jean-Marie Malherbe, texte de 12 pages en ligne sur le site de l’Observatoire de Paris (texte + photos)           

 

 

 

 

 

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Vendredi 2 octobre 2009 5 02 /10 /2009 14:34

J'ai lu le livre de Marie-Odile Beauvais (femme et mère de polytechnicien) "Le secret Gretl" qui vient de paraître chez Fayard. Ce n'est pas un coup d'essai puisqu'elle a déjà écrit six romans. Celui-ci se présente comme une enquête en Allemagne sur une fille qu'elle ne connut pas d'une première union de son grand-père. On y croise le destin de Claude Anduze-Faris (fils de Gustave, 1892-1965, X 1913), résistant, déporté à Bergen-Belsen et mort là-bas en 1945 à 19 ans : le livre contient aussi, sur quelques pages, une correspondante inédite de C. Anduze-Faris à sa famille, traduite et commentée par l'auteur.

 


Dans cette enquête, il y a un élément stupéfiant, je cite l'auteure :

 

Via ce site, on peut se procurer le dernier livre de Bergen-Belsen qui recense les noms de cinquante mille victimes […] « Un exemplaire peut être commandé auprès du Mémorial de Bergen-Belsen pour un montant de 28 euros, plus les frais de port. Les survivants du camp de concentration  reçoivent gratuitement leur exemplaire contre remboursement des frais de port ». D'où vient cette faculté de l'administration allemande à hisser la vulgarité du règlement à une telle hauteur ? En 2009, combien reste-t-il de survivants de Bergen-Belsen ? Par quels mystérieux méandres de la folie ordinaire en est-on arrivé à leur réclamer des frais de port ?Quelle commission a pris cette minuscule décision d'une violence immense ?

 

Et en plus c'est vrai, vérifiez sur le site de Bergen-Belsen, ici en français, , encore mieux,en allemand.

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Jeudi 9 avril 2009 4 09 /04 /2009 12:07
Nous sommes heureux de mettre en ligne la vidéo d'Albert Messiah (X-Mines 40), qui a donné son témoignage le 14 janvier 2009 devant les élèves de Polytechnique, au cours d'une fin d'après-midi consacrée à la Résistance (voir précédent billet).
Albert Messiah s'est engagé avec son frère André (X40 aussi, décédé en 2006) dans la France Libre dès juin 1940, a participé à l'opération de Dakar avec De Gaulle ; puis il a été chef de section dans la 2° DB jusqu'en 1945, en mai 1945 il prend avec sa section le repaire du  Berghof de Hitler à Berchtesgaden (à titre d'anecdote, Albert Messiah a rapporté la règle de Hitler qu'il a donnée au Musée de l'Ordre de la Libération).
Quelques mois plus tard, en 1946, Albert Messiah poursuit sa formation scientifique à Princeton (Institute for Advanced Studies) en participant au séminaire donné par Niels Bohr (il y croise Albert Einstein). Grâce à cela, il sera le premier à introduire un enseignement valable de mécanique quantique en France au début des années 1950, à l'université d'Orsay . Parallèlement à ses activités d'enseignement, il travaille au CEA nouvellement créé, où avec Claude Bloch (X-Mines 42, décédé en 1971) il participe au nouveau service de physique théorique. A. Messiah est l'auteur d'un manuel de mécanique quantique (Dunod 1964) constamment réédité et qui a formé de nombreux physiciens actuels.


Dans la première vidéo (5 minutes), Albert Messiah fait une première intervention. Dans la deuxième vidéo (25 minutes), Albert Messiah appelle lesquestions des élèves et des professeurs, et y répond.



Nous remercions les services de l'Ecole polytechnique et l'amiral Alquier pour la prise de vues. Nous remercions le CERIMES (Valérie Mercier, Damien Poïvet, Hervé Lièvre) pour le soutien technique apporté à la mise en ligne de ces vidéos. Ces vidéos ont été sélectionnées par Dailymotion pour mise en ligne en contenu haute définition.
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Mercredi 7 janvier 2009 3 07 /01 /2009 16:33
Jonathan Touboul (X2000) a soutenu sa thèse "Modéles non linéaires et stochastiques en neurosciences" mardi 23 décembre 2008 à l'École polytechnique : il l'a dédiée à Claude Brunschwig (X43), le plus jeune X mort en déportation (voir panneau sur notre site). Consulter les 12 premières pages de la thèse (hommage à Claude Brunschwig en page 12).
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Dimanche 4 mai 2008 7 04 /05 /2008 12:37
Le « Journal d'Hélène Berr, 1942-1944 », manuscrit sorti du mémorial de la Shoah, et édité chez Taillandier début 2008, est un témoignage émouvant. Parmi d'autres éléments poignants, il retrace la fin de la vie de Raymond Berr (1888 - 1944, X1907).
Raymond Berr figure bien évidemment dans l'affiche «Les polytechniciens morts en déportation» de notre exposition. Le journal posthume de sa fille Hélène donne des renseignements intéressants.
Raymond Berr, ingénieur du Corps des mines, vice-président de Kuhlmann (aujourd'hui Péchiney), est arrêté une première fois le 23 juin 1942, parce que son étoile jaune (obligatoire à partir du 8 juin) était agrafée et non cousue sur son costume. Il est relâché le 22 septembre 1942, après trois mois de captivité à Drancy, après une « rançon » versée par l'entreprise Péchiney (son président était René Duchemin), et l'obligation qui lui est faite de travailler de chez lui, et non plus au siège de l'entreprise.
Il sera enlevé par une rafle, avec sa femme Antoinette et sa fille Hélène, dans leur appartement, le matin du mercredi 8 mars 1944. Ils quittent Drancy par le convoi n°70 du 27 mars 1944. Raymond et Antoinette Berr meurent dans les camps en 1944 ; leur fille Hélène, âgée de vingt-quatre ans, ne survit pas à la longue marche de départ du camp de Bergen-Belsen imposée par les nazis quelques jours avant l'arrivée des Anglais pour libérer ce camp, en avril 1945.
(notice sur Raymond Berr sur le site des Annales des Mines)

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